Parfois détruire, souvent construire, toujours servir : l’histoire du poilu Advenard

Pendant les quatre années où j’ai travaillé au sein d’un service d’archives publiques, j’ai été missionnée pour m’occuper de la Grande Collecte, c’est-à-dire accueillir les personnes désireuses de donner ou prêter des documents et objets issus de la Première Guerre mondiale.

J’ai collecté, classé, conditionné et communiqué un grand nombre de fonds et j’ai discuté longuement avec de nombreuses familles de poilus.

D’un point de vue personnel, comme beaucoup de français, j’ai des ancêtres qui ont fait la Grande Guerre et certains ont péri sur le champ de bataille.

Cela explique à quel point, d’un niveau personnel et professionnel je me sens impliquée dans la sauvegarde de la mémoire des anciens combattants, et pourquoi je me lance dans cet article.

Rendre hommage à un nazairien

J’avais donc envie moi aussi de rendre hommage à ses combattants en ce 11 novembre 2018.

J’ai décidé de prendre au hasard, dans liste des morts pour la France, un poilu nazairien et de raconter son histoire. Une façon de mettre de la chair sur ces noms inscrits sur nos monuments.

Concrètement je suis allée sur le site Mémoire des Hommes, j’ai sélectionné tous les poilus nés en Loire-Atlantique et j’ai choisi le premier nazairien (né et vivant à Saint-Nazaire) de la liste.

Voici son nom : Jean-Marie Advenard.

 

Des hommes au service de l’armée

Jean-Marie est né à Saint-Nazaire, dans le quartier du Petit Maroc le 11 octobre 1885. Il est le fils de Jean-Marie Advenard et de Jeanne Marie Robert, respectivement laboureur et cultivatrice.

Je n’ai pas creusé sa généalogie, à savoir notamment combien de frères et sœurs il avait, si d’autres sont aussi allés à la guerre comme dans beaucoup de familles.

Jean-Marie est inscrit au bureau de Nantes et comme tous les jeunes de 20 ans en 1905, il est recensé en décembre de cette même année, puis passe par le conseil de révision pour voir s’il est apte au service (un service de 2 ans à cette époque).

Sa fiche matricule nous parle d’un homme d’1m62 aux cheveux châtains et aux yeux gris. Cette même fiche nous indique qu’à l’époque de son inscription il est charpentier de Marine en bois, rien d’étonnant pour un petit marocain.

En 1906, il est ajourné d’office par le conseil de révision pour cause de faiblesse, il repassera devant le conseil ultérieurement.

En 1907, il est déclaré bon pour le service armé, et est affecté au 6ème régiment de génie d’Angers. Pour faire simple, le génie prépare le terrain pour les troupes d’infanterie et d’artillerie. Durant cette guerre il s’agissait surtout d’aider au franchissement de cours d’eau, de creuser des boyaux, mais également de réaliser des travaux de fortifications et d’aménagement de route.

En 1908 Jean-Marie est reformé n°2 par la commission spéciale d’Angers pour cause de bronchite chronique. Il avait semble t-il une santé fragile.

Il se trouve dès lors dans la réserve de l’armée active.

La mobilisation générale d’août 1914 va comme pour beaucoup de ses camarades changer son avenir.

Le conseil de révision de Saint-Nazaire le déclare bon pour le service armé le 18 décembre 1914 et il arrive au front le 22 février 1915.

S’est-il marié entre temps ? A-t-il eu des enfants ? Des recherches approfondies seraient à prévoir.

Il sera fait caporal le 13 octobre de cette même année. Caporal était le premier grade des hommes de rang, il avait sous son commandement une escouade de quelques hommes.

Il décède le 28 novembre 1916 à Rancourt dans la Somme. Il est déclaré mort pour la France, mais aucun détails sur les conditions de son décès ne sont inscrits.

Pour rappel : Les morts pour la France sont les soldats décès sur le champ de bataille ou des suites directes des combats.

Une compagnie d’élite

Pour compléter l’histoire de ce soldat disparu à l’âge de 31 ans, j’ai consulté l’historique de son régiment, et j’ai trouvé des informations sur sa compagnie (7ème Compagnie du 9ème bataillon – une compagnie étant formée environ de 250 hommes). Il est écrit (je transcris la partie concernant la période d’activité de Jean-Marie) :

« Mobilisé à Angers dans les premiers jours d’août 14, a été affectée comme compagnie divisionnaire du génie à la 153ème division d’infanterie de réserve.

Au cours de la campagne, la compagnie 9/7 s’est classé au premier rang des compagnies d’élite et a été l’objet de deux citations à l’ordre de l’armée.

Ordre du 24 mars 1916. VIII Armée : après avoir montré, sous les ordres du général Deligny un esprit d’offensif très remarquable, les 24, 25, et 26 février 1916, a fait preuve les jours suivants, d’une ténacité, d’une endurance, d’un entrain, d’une volonté de ne rien céder à l’ennemi, au-dessus de tout éloge. A tenu, pendant onze jours consécutifs, nuit et jour, en terrain découvert, sans relève possible, sous un effroyable bombardement de tous calibres, un secteur dont elle n’a pas perdu un pouce, et dont elle ne sortait que pour tenter des contre-attaques en vue d’arrêter l’offensive ennemie »

Les journaux de marches (l’historique détaillé des manœuvres des soldats) n’existent pas concernant sa compagnie pour la période qui nous intéresse.

Jean-Marie comme un grand nombre des hommes morts durant cette guerre et des suites de cette guerre est mort jeune, il a été jeté dans cette guerre sans ménagement, alors qu’il préparait sa vie.

C’est cela souvent qui me perturbe quand je fais des recherches sur les soldats. Je pense à mes deux arrière grands-pères qui ont fait les 4 années de la guerre et qui sont revenus : la chance les a-t-elle sauvés ? Comment étaient-ils à leur retour ? Qu’ont-ils vu ?

Mon grand-père maternel s’est ensuite engagé avec les FFI en 1944, il avait 19 ans. Pourquoi cette décision ? Le parcours de son père l’a-t-il influencé ?

Toutes ces questions je me les pose souvent. Je suis toujours profondément émue de faire des recherches sur un soldat, d’explorer une vie, et de me rendre compte que, non seulement cette vie a été détruite, mais que l’avenir entier d’une famille a été transformé.

A bientôt

L’Archi m’aide

Sources :

Ministère de la Défense : Mémoire des Hommes

Archives départementales de Loire-Atlantique (AD44) : Etat-civil de la Commune de Saint-Nazaire de l’année 1885

AD44 : Fiches matricules de la classe 1905, bureau de Nantes

Wiki-Anjou : Historique du 6ème régiment de génie

Me contacter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.