Alphonse Gatignol, histoire d’un raflé de Besse

Hommage à Alphonse

Photo d’Alphonse. Image provenant de Robert Gatignol

 

Je me suis un moment demandée quel billet je pourrais vous présenter à la suite de celui présentant mon travail avec ma grand-mère Solange. Et puis, un événement malheureux m’a donné une idée.

Robert Gatignol, neveu de Solange, est décédé il y a une semaine à l’âge de 80 ans. Il était le fils de Simone Gatignol et d’Alphonse, mort en déportation. Je souhaitais donc leur rendre hommage à tous les deux.

Alphonse est né le 18 janvier 1911 à Saint-Diery, ses parents, Pierre et Marie-Louise (Michelle) étaient cultivateurs dans un hameau de Saint-Diéry.

Il épouse Marie Simone Brunel (la sœur de mémé Solange), le 18 juin 1936 à Creste. Ils auront trois enfants, Giselle, Robert et Georgette.

Des rafles en série

A l’époque de la guerre, Alphonse est ouvrier à la scierie de Neschers, et part travailler de Saint-Diéry à Neschers avec son vélo.

La rafle de Besse s’inscrit dans la vague de répression féroce des nazis afin de démanteler les réseaux de résistance (le Puy-de-Dôme en compte onze en une année – juillet 1943 à septembre 1944).

Très tôt, le matin du 3 avril 1944, des soldats allemands et des miliciens investissent le bourg de Besse et interdisent entrées et sorties de la ville.

Alphonse est arrêté ce jour-là. Il partait pour son travail à Neschers avec son vélo, il a croisé les Allemands qui montaient sur Besse et ils l’ont embarqué. Il s’agit certainement du premier raflé de cette journée d’horreur. Ma grand-mère m’a raconté, lors de nos entretiens, qu’il avait croisé des amis sur le chemin qui voulaient l’inviter à boire un verre, mais qu’il avait refusé car il était en retard à son travail. Peut-être que s’il s’était arrêté…

Je suis rentrée en contact avec Marie Léger, qui est chargée de mission au service Patrimoine de Besse. La Mairie a en effet mis en place une exposition (qui est devenue itinérante) sur les raflés de Besse en 2014.

Elle m’a écrit, au sujet des conditions de son arrestation:

“Il a été arrêté à l’intersection de la route de Champeix. Voyant les Allemands, il fait demi-tour, il est rattrapé. Il avait trouvé un bidon qui servait aux Résistants et lui servait de gourde. Les Allemands le prennent pour l’un d’eux et l’embarque”

Où as-t-elle eu tous ces détails ? J’attends des bientôt de nouvelles réponses.

Direction Buchenwald

Il partira tout d’abord comme tous les raflés à la prison 92 (ancienne caserne militaire du 92 régiment d’infanterie) de Clermont-Ferrand. En effet, du 11 novembre 1942 à fin août 1944, la prison militaire allemande du 92 a détenu une grande partie des résistants internés et des personnes raflées de la région Auvergne avant leur déportation.

Il est ensuite déféré à Compiègne, et de là il part en direction de Buchenwald, le 12 mai 1944. Ce jour-là, 2073 hommes sont partis pour le camp de Dora, français en majorité, un peu plus de la moitié reviendra de déportation. Alphonse fait partie des 725 hommes reconnus comme décédés de ce convoi du 12 mai 1944.

Il part ensuite pour Dora et fait partie finalement du Kommando Harzungen.

Il s’agit d’un Kommando de travail ouvert en avril 1944 qui dépend du complexe de Dora et dont l’activité principale est l’installation d’une usine souterraine dans la colline du Himmelberg.

Carte des différents Kommandos. Association française Bunchenwald Dora et Kommandos

“Nordhausen, l’enfer de Dora”

Je ne connais rien sur sa situation physique, morale, sur sa place dans ce Kommando. Je sais simplement, grâce à la mention marginale présente sur son acte de naissance, qu’il est décédé le 2 mars 1945 à Nordhausen.

Nordhausen est un camp créé pour accueillir les déportés malades ou inaptes au travail. Un camp de la mort par la faim, par la maladie. Ce camp sera libéré par les troupes américaines le 12 avril 1945.

Son corps n’a pas été retrouvé, mais ma grand-mère a tenu à mettre une plaque dans notre petit village de Reignat afin de se recueillir. Son nom est également présent sur le monument de la Résistance de Besse.

Solange se souvient également très bien de la rafle de Champeix, qui a eu lieu une semaine après, le 15 avril 1944. Elle m’a donné les noms de plusieurs raflés, j’en parlerai peut-être dans un prochain billet. 

A bientôt.

Sources :

L’Archi m’aide

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